Ensemble facture - Grand Crié

© Guillaume Belveze © Guillaume Belveze
novembre 2021 > décembre 2021
danse - théâtre

conception, textes et chorégraphies Nicolas Barry 
composition sonore Martin Poncet 
concepteur lumière Lucien Vallé 
dramaturge Mathilde Soulheban 
interprètes Sophie Billon, Nangaline Gomis, Julien Meslage 

« Ange est-ce une plainte ?
Ai-je l'air de me plaindre ?
Mais que serait-elle donc ? 
Cette plainte mienne ?

Non, non : je crie,
Je frappe deux morceaux de bois
L'un contre l'autre
Et je n'ai pas l'impression 
D’être entendu »
Rainer Maria Rilke, Poèmes à la nuit

 

Le cri de Munch ne produit aucun son: c’est tout à fait normal, c’est une gouache sur carton. Le cri de Munch est un son qui se regarde. On ne sait pas exactement quel est ce son. Est-ce celui qui sort de la bouche de l’homme à quai, ou celui que ce dernier, par l’application des ses paumes contre ses oreilles, tente de ne pas entendre ? 
Le projet de spectacle Grand Crié cherche à s’approcher de cette façon paradoxale du fait sonore nommé cri.

Lors des recherches qui ont marqué le lancement de cette écriture, nous avons réalisé la surreprésentation, dans l’esthétique contemporaine du cri scénique, de représentations qui allient à la fois bellicisme brut et esthétique de la fête, éloge de la virilité, similitudes troublantes avec les agressions publicitaires. Le cri scénique semble avoir fondé son alliance avec le capitalisme dans son admiration quasi érotique de l’esthétique guerrière. Notre idée est que si le cri s’est finalement généralisé sur scène, s’il ne fait plus se lever les spectateur.trices scandalisé.e.s, c’est que c’est un cri d’homme-puissant, un cri publicitaire, un cri de guerre, et que pour ceux-là, nos oreilles sont trop habituées, et trop attentive 

C’est sur cette opposition entre image d’un cri, sensation de mutisme et « voix effroyable » que s’ouvre Grand Crié. Mais là où Munch et Büchner expriment la sensation d’une angoisse par une représentation angoissante, nous tentons un tout autre chemin. C’est par le rire que nous entrons dans cette sensation qui pourtant s’apparente au monde du cauchemar

Nicolas Barry 

En résidence du 22 novembre au 3 décembre 2021.