Faces

créé en 2011 / Lyon

chorégraphie et mise en scène Maguy Marin
collaboration à la conception et création sonore

Denis Mariotte
costumes et accessoires
Montserrat Casanova
scénographie 
Michel Rousseau
lumières
Alexandre Béneteaud
dispositif sonore Antoine Garry
Pour 28 danseurs 

1h

par le Ballet de l’Opéra de Lyon

" En 1928, Edward Bernays, le neveu américain de Sigmund Freud, a écrit un livre intitulé Propaganda, véritable petit guide pratique, qui expose cyniquement et sans détour les grands principes de manipulation mentale de masse, ce qu’il appelait «la fabrique du consentement». 

Fervent partisan d’une « gouvernance de l’ombre », sa vie fut consacrée à l’une des tâches majeures du siècle dernier : celle qui consista à pervertir les démocraties (ce que l’auteur Uruguayen Eduardo Galeano nomme les «démocratures») pour faire plier les volontés des masses aux desseins des élites, en toute non-violence.

Comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective qui guident l’action humaine, en connaître les mobiles, équivaudrait à en assurer un contrôle invisible.

Pour «faire du monde une démocratie», il mobilise un grand nombre d’intellectuels, de journalistes, de penseurs pour la propagation d’idées qui puissent faire basculer rapidement l’opinion publique en faveur d’objectifs économiques et politiques précis. Il donne ainsi naissance à une nouvelle propagande : l’industrie des relations publiques.

En créant l’adhésion des masses par la distribution massive de communiqués, les nombreux appels à l’émotion dans des campagnes de publicité, le recrutement de leaders d’opinion locaux ou la mise sur pied de groupes de citoyens, il produira des événements dans l’espace public capables d’influencer et de former des citoyens inconsciemment soumis aux stratégies de domination et d’asservissement des peuples.

A présent, dans le déluge d’images qui nous inclut avant même qu’on s’en aperçoive, nous sommes testés comme des machines et des objets usuels dans tous les secteurs de la vie économique et sociale. Nos corps sont devenus objets de surveillance, filmables et enregistrables.

Mais les mystères de la motivation humaine n’ont pas tous été révélés. Si l’échec des mouvements politiques du XXe siècle les a transformés en objets esthétiques, les récents soulèvements dans les pays arabes montrent qu’est toujours vivant au plus profond des êtres un vent de révolte capable de chasser ceux qui contraignent au silence de la misère.

Cet air-là est parvenu à nos oreilles et à nos coeurs. En nous redonnant le courage de soulever à nouveau la question de notre impuissance politique dans le contexte de l’art contemporain.

Et cette phrase de Walter Benjamin revient en tête : « Organiser le pessimisme ne signifie rien d’autre que découvrir dans l’action politique un espace à 100% tenu par l’image mais cet espace d’images ne peut plus être exploré sur le mode de la contemplation. Il faut faire fonctionner l’artiste en des endroits importants de cet espace d’images. »

Tenter de reproduire la tonalité affective d’un malaise, la transcription de certains symptômes de notre commune impuissance et par là même, faire apparaître la puissance cachée contenue en elle."    

Maguy Marin - Denis Mariotte 

Faces © Jean-Pierre Maurin Faces © Jean-Pierre Maurin