LIVRET SEPTEMBRE - DECEMBRE 19

1 septembre 2019 > 31 décembre 2019

CAS DE CONSCIENCE

Comment ne pas se sentir paralysé, impuissant, dans le maintien précaire d’un équilibre acrobatique entre deux acceptions du terme utopie qui se sont déclarés la guerre ? 

L’ou-topos, le “sans lieu”, dont il nous faut bien accepter qu’il “ne se trouve nulle part”, et l’eu-topos, le “lieu bon” que nous avons la responsabilité de persister à concevoir collectivement.


Un pied tremblant sur la dissociation irrévocable, quoique plus que jamais douteuse, entre l’acte idéal et l’acte réel, et l’autre pied cherchant, avec rigueur et obstination, à s’affermir sur la possibilité de fléchir le réel par une représentation poétique du monde, nous avançons sur ce fil ténu.

Contraints de répondre à des réalités kaléidoscopiques, nous cherchons à donner sens, fut-ce provisoirement, à ces états du monde diffractés qui nous parviennent par bribes algorithmiques, éclats plus ou moins subjectifs, plus ou moins virtuels, tout en essayant de ne pas plier notre morale en quatre et nos valeurs en huit. Devant la chute imminente, notre conscience se cabre et se tord pour maintenir, encore et toujours, le corps droit, le corps digne. 


Pour apprendre à nous tenir debout, pour apprendre à marcher, comment avons-nous fait ? Nous nous sommes exercés. Nous sommes tombés, tombés encore et encore, et nous nous sommes relevés encore et encore. Le sentiment d’impuissance alors ne paralysait pas : il était au contraire moteur, il affûtait notre désir et nos efforts renouvelés.

Il n’est pas nécessairement pessimiste d’envisager l’inévitable effondrement de notre société si nous l’envisageons comme l’opportunité d’un relèvement, non moins indispensable et non moins joyeux.

Nous avons besoin d’affirmer des positions puissantes et solides sur un sol plus que jamais friable et dangereux. Nous avons besoin d’actes sensés dans un contexte insensé. Et si chacun de nos choix pose immanquablement un cas de conscience, il est de notre responsabilité de trouver en chacun d’eux l’occasion d’un nécessaire cas de confiance.

Sinon à nous-mêmes, du moins le devons-nous à tous ceux qui, avec humilité, ténacité et jubilation, s’exercent et s’exerceront encore à tenir debout.

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QUE SOMMES-NOUS ?

Que sommes-nous ?
Remplacerait « qui sommes-nous ? »

Que sommes-nous, en droit ?
Nous pourrions aller jusque-là. Mais pas au-delà.

 Que sommes-nous en droit d’attendre ?
Les attentes seraient alors moindres.

 Que sommes-nous en droit d’attendre du réel ?
Le réel prendrait la forme qu’on lui donne.

Que sommes-nous en droit d’attendre de la perception du réel ?
Nous nous tromperions, peut-être même quotidiennement.

Que sommes-nous en droit d’attendre du refus de la perception du réel ?
Refus - pour/à la place de : refuge.

Que sommes-nous en droit d’attendre des combats contre le refus de la perception du réel ?
Qu’ils durent.